Caravage - Indie Rock from Grenoble

Caravage - Indie Rock from Grenoble
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# Posté le lundi 20 octobre 2008 12:07

A la fin, c'est le gentil qui gagne

A la fin, c'est le gentil qui gagne
Dans le TGV magazine de ce mois-ci,
avec Betsen en couverture qui semble vouloir tuer votre voisine de gauche si tant est que vous soyiez mal accompagnée,
il y a un texte à moi.

Je l'avais envoyé y'a un mois-rubrique Je me souviens en train en me disant que si je me souvenais bien, y'avait plein de fois où mes potes de la SNCF m'avait scrupuleusement péter les gonades.

Qu'importe, j'avais un poème sous la main, écrit alors que j'attendais ma correspondance mort de faim et fatigué il ya quelques années et mis en ligne sur ce blog à la date du 9 juin 2006. Le titre Correspondance fait allusion à ces horizontales synesthésies chères à Charly B et au poème que vous connaissez mieux que moi :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;

[...]

et ce fameux vers qui m'obsédait à l'époque :

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants

Belle correspondance horizontale (ou synesthésie donc) qui aurait pu faire passer notre opiomane préféré pour un ogre ou un pédophile, au choix.

J'écrivais donc ceci :

Correspondance

La jungle des épaules bouscule
Dans l'exiguïté d'une fine o-
Percule
Fragile qui comme une mère
Ne renie sa nature
Libre et dans les fers
Ainsi que l'air impur

Les serpents insinuent
Au départ du lovelace
Qu'ils sont des lieux maîtres
Indomptés et sauvages
Les pigeons n'ont leur place
Un singe qui se réveille s'allonge, se prélasse
Et tente dans un sursaut de prendre mon parnasse

Ionesques, les rhinos exultent
Happent un ascendant que prompts ils catapultent
Lui l'Africain l'ancêtre
Qui courait bien trop vite
Pour paraître innocent

Les mêmes torpeurs, les mêmes hérissements
Quand la fatigue s'exhale tel un hennissement
Les toucans crissent et
Volent l'artifice
Est-ce haine cet effet ?
Ceux de tous camps plissent
Leurs yeux de maléfices

Est-ce haine ?
En effet

Gare au lion.

Lovelace est un mot qui n'existe pas, Est-ce haine cet effet ? se voulait la transcription subliminale de SNCF et le Gare au Lion l'indice-topos (avec le titre) que tout ce remue-ménage se passait devant mes yeux, Gare de Lyon.

Il y a cela écrit très peu de ressemblance avec le texte que j'ai envoyé à la rédaction du TGV magazine. La première phrase, en fait. Lovelace s'est transformé en boa constrictor et les rhinos ne sont plus des flics mais des managers.

Pour ceux qui ne vont pas prendre le TGV, donc :

Je me souviens, en train

Paris. Gare au lion. Tôt. Je courre dans la jungle des épaules bousculées. Le cadran des heures blessantes m'informe que je suis loin d'être en avance sur mon retard. Pourtant, là bas, au départ du TGV, le boa constrictor destructeur des records, la foule se prélasse. Des rhinos managers, youpi-cool-dynamiques, volubiles et sarcastiques, des girafons agrippés au cou de leur maman que le ronron stomacal du serpent bercera bientôt et même une louve trans-sibérienne qui vole le temps de se maquiller... Rien ne semble presser. Cette luxuriante Amazonie serait-elle hors du temps ? Une voix off ex machina trouble la quiétude des ani-hommes sur le quai. C'était le moment t moins une de monter. Mais j'y suis, moi, le paresseux somnambule dans ce reptile à grande vitesse. Il attendait juste qu'on débroussaille sur son passage, nous dit-on, pour zigzaguer jusqu'à destination. Installé satisfait. Assoupi. L'épaule de ma voisine s'impose comme le prolongement de mon lit. Elle montre les crocs... Son regard oscille entre l'incompréhension et le coulis de framboise. M'excuse m'dame. Je colle la tête contre la vibro-vitre. Au moment où mes rêves suivent le rythme des cognements de caboche, un girafon mignon s'époumone à c½ur joie. Un vieux panda sursaute. Une gazelle reste impassible, le volume sonore de son i-pod aidant. Quelques paysages plus tard, louvoyant en douceur, le boa étouffe peu à peu les cris. Le calme revient dans la plaine. Et le temps s'arrête de nouveau.

# Posté le mardi 11 septembre 2007 12:22

Modifié le mardi 11 septembre 2007 16:19

Foire d'Empoigne

Foire d’Empoigne

« À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute. »

Kenneth Bainbridge lors du premier essai nucléaire américain,
cité par Silvan S. Schweber dans In the Shadow of the Bomb.


Réveil trouble. J'ai rêvé que je m'accrochais à des clébards pour pouvoir nager plus vite dans un lac improbable. Des mafieux en hors board me poursuivent en me balançant des grenades sur la gueule. Je les évite puis je me réveille.

Le pire c'est qu'une fois que j'ai ouvert les yeux sur ma putain de chauffeuse, c'est que je sentais le chien mouillé. Véridique. Ca m'a tracassé toute la matinée cette histoire.

Je repense au dérapage post-Werchter à l'aéroport de Bruxelles. Au détecteur anti-tout ce qui est inflammable, explosif et potentiellement subversif. Sur le tapis roulant dodeline mon étui à guitare.

- Qu'y a –t-il dans cet étui monsieur une fois ?
- Une Kalachnikov.


Je précise que le type de la sécurité en question faisait des blagues pendant tout le temps de notre impatience et paraissait rigolard. Ouais rigolard, c'est le mot.

Il sourit et se casse pour de nouveau faire le plaisantin avec des touristes qu'avaient dû pas mal tourister parce qu'ils avaient plein de bagages inutiles. Enfin, sur le moment, je les ai jugés inutiles. Security-sheriff revient vers moi et réitère sa question. Je me dis qu'il a trouvé ça drôle la première fois, sympa, je ne lui boude pas son plaisir :

- Y'a une kalachnikov. Pour tuer plein de gens dans l'aéroport.

Son sourire s'éteint. Le mien jubile comme pour bien lui faire comprendre que dans un étui à guitare, le plus souvent s'y trouve une guitare. Et que sa question est conne. Ou bien faut qu'il arrête de penser que tous les guitaristes sont des desperados.

Au moment où il a failli appeler la sécurité, j'ai quand même ouvert l'objet du conflit.
Putain de traumatisme post-11 septembre. Deviennent aussi cons que les ricains les Belges.


# Posté le mardi 21 août 2007 12:40

Explique moi

Explique moi
Comme j'ai un peu le temps, je vais vous faire ma propre description de
l'"explique moi"

(typologie sociologique qui méprise le beauf)

Comme dirait Wikipédé : "ébauche à compléter"

L'étymologie de l'expression consacrée "explique moi" provient d'une
discussion tenue un soir en terrasse d'un estaminet angoumoisin où par la
force des choses nous fumes amenés à discuter avec quelques poufs rieuses
(comme les mouettes mais avec le maquillage en plus).

L'une d'elle, investie d'une mission, celle d'ouvrir sa gueule pour exister, orienta le propos sur l'Armée et plus précisément sur cette chose "atroce et dégueulasse" (dixit) qu'est la guerre. Ces guerres au cours lesquelles les enfants meurent, les mères pleurent et les connards profitent.

(A lire avec l'accent indigné d'une mère révoltée qui prendrait le micro en
plein C'est mon Choix)


"Explique moi... nan mais explique moi pourquoi l'Armée...? Votre métier
c'est tuer des gens. Si y'avait pas d'Armée, y'aurait pas de guerre, c'est
tout j'veux dire, nan mais explique moi quoi..."


Bien sûr, l'Armée est un sujet facile à dénigrer mais l'Explique moi a
plus d'une corde à son arc.

On peut considérer deux variantes de l'Explique moi avec une composante
essentielle qui consiste à toujours donner son avis en n'importe quelle
circonstance (qu'elle n'y connaisse rien, que le moment ne s'y prête pas,
qu'elle apprécie les gens avec qui elle discute ou non).


1ère variante : Je suis trop intelligente, je suis en deug de socio et je
t'emmerde.

2nde variante : Je pense que tout le monde doit me trouver intelligente et
de toute façon je m'en fous je suis trop belle pour toi et je t'emmerde
quand même.

La première peut se faire démonter à coup d'arguments (ceux qu'elle n'a pas
ou auxquels elle n'avait pas pensés)
. On lui "expliquera" donc que la
prochaine fois, le mieux à faire, c'est qu'elle se taise.

La seconde variante est bien entendu la pire. Il lui restera l'argument
d'autorité qui est (tout est relatif et relativement) sa beauté (ou son côté "canon", "bonne", etc. comme on voudra).

Elle en a évidemment conscience et sait qu'au final, ses arguments importent peu.

Ils sont d'ailleurs la plupart du temps complètement bidons, aucunement
référencés - genre "j'ai vu un reportage là dessus où ils disaient que" ou
"j'ai un ami qui travaille là enfin je sais plus trop et qui m'a dit que
alors moi je pense que et 'pouf' je disparais"
ou "ma meilleure amie s'est
foutue une pomme de pin dans le cul et il paraît que ça fait mal mais je dis ça je dis rien."


Elle aime souvent réagir à l'actualité même si elle n'en connaît que les
grandes lignes.

Par exemple, elle « kiffe » M.Moore parce que son documentaire sur la guerre en Irak prouve bien que les Américains c'est tous des connards et en plus lui il est américain alors il sait de quoi il parle. Et puis j'adore le cinéma en plus et je voudrai faire des études de cinéma plus tard.

C'est bien entendu insupportable surtout que les arguments peuvent être (et
c'est souvent le cas quand elles perçoivent leur enlisement)
ponctués de
rires forçés qui saluent des blagues à faire chialer un clown.

Ou elles retournent danser avec le petit air "je reprendrai la discussion quand ça me plaira" en pensant que ça leur donne un charme fou de jouer la distance...

L'âge moyen de L'explique moi se situe à 16-25 ans où, au sommet de son art, elle reste persuadée qu'elle est la première à découvrir le monde et que tout ce qui lui arrive est une expérience unique et originale que les autres ne pourront pas comprendre « quoi ».

Le déterminisme reste assez simple à comprendre :
lest des parents sur les sorties, découverte de la sexualité, envie de vivre la vie que l'on veut
quand on n'a que la vie que l'on a, recherche d'une identité cool, effet
lycée-potins-fringues de marque-regard de l'autre-les parents c'est tous des cons...

Le panel est large.
A suivre.

# Posté le lundi 13 août 2007 12:16

Comprenne qui pourra

Comprenne qui pourra

Un festival, c'est toujours l'occasion de faire sortir l'autre moi.

Récital d'un mois passé. Lever aux aurores ce jeudi de juin. On récupère l'ami Richard à la sortie de son labo. Neurobiologiste le sieur qu'il est. Avec des chiffres, des transplantations et des souris qui crèvent. Direction l'aéroport. Direction Bruxelles. Le passager entre Richard et moi, c'est ma guitare.

« De la brique rouge, de la brique rouge dans ce putain de pays, toujours de la brique rouge, ça n'en finira jamais... ».


A Louvin, une dame qui parle flamand nous adresse la parole. En vain forcément. Du coup elle parle en français. Elle nous explique que le vinaigre de leur marque première, y'a rien de tel pour nettoyer l'évier. Eric à côté de moi, pour qui un vié n'est autre chose qu'un membre turgescent la lance et la relance sur le fait qu'on adore nettoyer les viés. Il filme.

Sur chemin du site, après avoir rassemblé tous les copains, c'est la traque à la place de camping. Celle qui ne puera pas la pisse, celle qui donne une belle perspective de fond de cours – diverses raisons : 110 mètres tentes, opinion des gens qui nous entourent, scène pour guitare in festival off.

Alcool à flot. Je paume tout le monde comme d'habitude. Chemical Romance, Manson (je pousse quelque goths vers mon poing), Bjork – je retrouve Richard, et bing Muse. Et Belamy qui se gave comme un espagnol, selon l'expression consacrée. C'était du grand. Unintended en prime, tout seul, c'est rare.

Début de la longue et arrachante éthylo-invasion qui confinera à l'oubli de soi-même et des autres. L'égoïsme latent, la part d'ombre en somme. Nuits blanches à gogo, moutons dans le champ qui courent bien trop vite pour un rodéo arrangé, b½uf à percus, extinction de voix en marche, dodo, réveil, concerts ratés, scrupules, vodka.

Je caresse des nuques par provocation, pédalo-duo sur fond de rock'n'roll, la carte bleue crache ses bières indéfiniment et le temps n'importe plus.

Sur les Killers, méchante transe d'enthousiasme communicatif avec ma ceinture, Chemical Brothers qui envahissent la place. Peu de souvenirs au final. Juste d'être bien.

On part je reviens, Lilly Allen est là devant moi, me fait toujours autant rêver. Le temps n'importe plus. Jusqu'à l'Australian Pink Floyd Schow, tribute en forme de revival. On pensait rester un peu et courir jusqu'au Metallica de Kirk (voisin de 1ère classe de Yann, au retour de San Francisco-penser à toujours se balader avec une telecaster dans sa poche pour se la faire dédicacer au cas où).

Les bons sournois reprennent tout Wish you Were here et Dark side of the moon. Ils me font ça à moi. Evidemment on reste, c'est limite trop court. Meilleur concert... A l'unanimité avec Richard. Il paraît que c'est Pink Floyd qui inaugurera le stade d'agglo de Grenoble. Ben voyons. On quitte le chapiteau pour rallier la grande scène, Kirk entame l'intro de Nothing else matters. Il fallait au moins ça.

Dans l'avion qui nous ramène, les réacteurs sont la seule perspective par delà le hublot, le train d'atterrissage me rentre dans le cul et je commence à regretter tout ce que j'ai fait de mon corps durant quatre jours. Mon c½ur cogne au niveau de la tête, j'ai du mal à faire abstraction des 15 000 pieds qui me séparent de la terre ferme. Je transpire comme un glaçon. Pour la première fois depuis très longtemps, j'en viens même à prier.

De nouveau Muse à Musilac. Puis Vieilles Charrues une semaine après.
Récit à venir.

# Posté le vendredi 03 août 2007 02:50