Dans le TGV magazine de ce mois-ci,
avec Betsen en couverture qui semble vouloir tuer votre voisine de gauche si tant est que vous soyiez mal accompagnée,il y a un texte à moi.
Je l'avais envoyé y'a un mois-
rubrique Je me souviens en train en me disant que si je me souvenais bien, y'avait plein de fois où mes potes de la SNCF m'avait scrupuleusement péter les gonades.
Qu'importe, j'avais un poème sous la main, écrit alors que j'attendais ma correspondance mort de faim et fatigué il ya quelques années et mis en ligne sur ce blog à la date du 9 juin 2006. Le titre
Correspondance fait allusion à ces horizontales synesthésies chères à Charly B et au poème que vous connaissez mieux que moi :
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;[...]
et ce fameux vers qui m'obsédait à l'époque :
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfantsBelle correspondance horizontale (
ou synesthésie donc) qui aurait pu faire passer notre opiomane préféré pour un ogre ou un pédophile, au choix.
J'écrivais donc ceci :
Correspondance
La jungle des épaules bouscule
Dans l'exiguïté d'une fine o-
Percule
Fragile qui comme une mère
Ne renie sa nature
Libre et dans les fers
Ainsi que l'air impur
Les serpents insinuent
Au départ du lovelace
Qu'ils sont des lieux maîtres
Indomptés et sauvages
Les pigeons n'ont leur place
Un singe qui se réveille s'allonge, se prélasse
Et tente dans un sursaut de prendre mon parnasse
Ionesques, les rhinos exultent
Happent un ascendant que prompts ils catapultent
Lui l'Africain l'ancêtre
Qui courait bien trop vite
Pour paraître innocent
Les mêmes torpeurs, les mêmes hérissements
Quand la fatigue s'exhale tel un hennissement
Les toucans crissent et
Volent l'artifice
Est-ce haine cet effet ?
Ceux de tous camps plissent
Leurs yeux de maléfices
Est-ce haine ?
En effet
Gare au lion.
Lovelace est un mot qui n'existe pas,
Est-ce haine cet effet ? se voulait la transcription subliminale de SNCF et le
Gare au Lion l'indice-topos
(avec le titre) que tout ce remue-ménage se passait devant mes yeux, Gare de Lyon.
Il y a cela écrit très peu de ressemblance avec le texte que j'ai envoyé à la rédaction du TGV magazine. La première phrase, en fait. Lovelace s'est transformé en boa constrictor et les rhinos ne sont plus des flics mais des managers.
Pour ceux qui ne vont pas prendre le TGV, donc :
Je me souviens, en trainParis. Gare au lion. Tôt. Je courre dans la jungle des épaules bousculées. Le cadran des heures blessantes m'informe que je suis loin d'être en avance sur mon retard. Pourtant, là bas, au départ du TGV, le boa constrictor destructeur des records, la foule se prélasse. Des rhinos managers, youpi-cool-dynamiques, volubiles et sarcastiques, des girafons agrippés au cou de leur maman que le ronron stomacal du serpent bercera bientôt et même une louve
trans-sibérienne qui vole le temps de se maquiller... Rien ne semble presser. Cette luxuriante Amazonie serait-elle hors du temps ? Une voix off
ex machina trouble la quiétude des
ani-hommes sur le quai. C'était le moment t moins une de monter. Mais j'y suis, moi, le paresseux somnambule dans ce reptile à grande vitesse. Il attendait juste qu'on débroussaille sur son passage, nous dit-on, pour zigzaguer jusqu'à destination. Installé satisfait. Assoupi. L'épaule de ma voisine s'impose comme le prolongement de mon lit. Elle montre les crocs... Son regard oscille entre l'incompréhension et le coulis de framboise.
M'excuse m'dame. Je colle la tête contre la
vibro-vitre. Au moment où mes rêves suivent le rythme des cognements de caboche, un girafon mignon s'époumone à c½ur joie. Un vieux panda sursaute. Une gazelle reste impassible, le volume sonore de son
i-pod aidant. Quelques paysages plus tard, louvoyant en douceur, le boa étouffe peu à peu les cris. Le calme revient dans la plaine. Et le temps s'arrête de nouveau.